Un enduit à la chaux réussi tient à peu de choses : un bon liant, un sable adapté, une eau dosée au plus juste et des proportions qui changent d’une couche à l’autre. Beaucoup de défauts (faïençage, poudrage, décollement) viennent d’un mélange trop riche ou mal pensé. Voici les recettes à appliquer, les raisons qui les justifient et un calcul concret pour ne pas manquer de matière en cours de chantier.
Dosages standards pour un enduit à la chaux (3 couches)
Les dosages se donnent le plus souvent en volume : on mesure la chaux et le sable avec le même seau. La règle générale est simple. Chaque couche contient moins de chaux que la précédente, tandis que la granulométrie du sable s’affine en allant vers la surface. L’enduit devient ainsi de plus en plus souple et perméable vers l’extérieur, ce qui limite le retrait et la fissuration.
| Couche | Proportions chaux-sable (volume) | Chaux par m³ de sable (poids) | Sable conseillé | Épaisseur |
|---|---|---|---|---|
| Gobetis | 1 pour 2 à 2,5 | 350 à 400 kg | 0/4, grossier | 5 à 8 mm |
| Corps d’enduit | 1 pour 2,5 à 3 | 280 à 320 kg | 0/3 ou 0/4 | 10 à 15 mm |
| Enduit de finition | 1 pour 3 (jusqu’à 3,5) | 230 à 270 kg | 0/1 ou 0/2, fin | 3 à 5 mm |
Les valeurs en kilos restent indicatives, car la densité d’une chaux en poudre varie selon la marque et le type. Le dosage volumétrique est donc plus fiable sur chantier, à condition d’utiliser toujours le même récipient. En cas de doute, la fiche technique du fabricant prévaut.
Gobetis : couche d’accroche
Le gobetis sert à accrocher l’enduit au support et à régulariser son absorption, un enjeu encore plus marqué quand il s’agit de faire tenir la chaux sur un enduit plâtre ancien. On le prépare avec la chaux la plus riche du chantier, en consistance crémeuse, presque liquide, puis on le projette à la truelle ou à la tyrolienne. Il doit rester rugueux et ne pas être lissé. Un sable grossier favorise l’accroche mécanique des couches suivantes.
Corps d’enduit
C’est la couche qui redresse le mur et lui apporte son épaisseur. Le mortier est plus ferme que le gobetis, avec une proportion chaux-sable autour de 1 pour 3. On l’applique en une ou deux passes, la première devant être serrée contre le support avant de tirer à la règle. Mieux vaut deux passes de 8 mm qu’une seule de 16 mm, qui retient trop d’eau et fissure en séchant.
Enduit de finition
La finition est la plus pauvre en chaux et la plus fine en granulométrie. Elle protège le corps d’enduit et donne l’aspect final : taloché, feutré ou lissé selon l’outil. Un excès de chaux à ce stade provoque presque à coup sûr un faïençage de surface.
Chaux aérienne ou hydraulique : laquelle choisir
La chaux aérienne (CL 90) durcit uniquement au contact du gaz carbonique de l’air, par carbonatation. Sa prise est lente, son rendu doux et très respirant, mais elle supporte mal l’humidité persistante. Elle convient bien à l’intérieur, aux finitions et aux murs anciens en pierre tendre ou en terre, à condition de pouvoir attendre.
La chaux hydraulique naturelle (NHL) prend en partie grâce à l’eau, ce qui lui donne une résistance plus rapide. On la classe selon son hydraulicité : NHL 2, NHL 3.5 ou NHL 5. La NHL 3.5 est la plus polyvalente, pour le gobetis comme pour le corps d’enduit, sur la plupart des murs en pierre, brique ou moellons (voir aussi comment isoler un mur en pierre avec un enduit chanvre-chaux). La NHL 5 se réserve aux soubassements et aux zones exposées, et la NHL 2 aux supports fragiles.
Une combinaison courante consiste à utiliser de la NHL 3.5 pour les deux premières couches, puis de la chaux aérienne CL 90 en finition. Dans tous les cas, évitez le ciment : il bloque la vapeur d’eau et fissure en se désolidarisant d’un support souple.
Choix du sable et granulométrie

Le sable (ou agrégat) représente les deux tiers à trois quarts du mélange : sa qualité compte autant que celle du liant. Il doit être propre, lavé, exempt d’argile et de matières organiques, siliceux ou calcaire. Une bonne courbe granulométrique mêle des grains de tailles variées, de façon à ce que les petits comblent les vides entre les gros. Un sable trop fin et uniforme demande plus de chaux, augmente le retrait et favorise la fissuration.
Pour tester un sable, versez-en un peu dans un bocal d’eau, agitez et laissez reposer. Une couche de limon épaisse sur le dessus signale un sable sale, à rincer ou à écarter. Le sable de rivière roulé accroche moins bien que le sable de carrière aux grains anguleux, à privilégier pour un gobetis.
Dosage pour mortier et béton de chaux
Le mortier de chaux de maçonnerie ou de rejointoiement se prépare le plus souvent avec 1 volume de NHL 3.5 pour 2,5 à 3 volumes de sable 0/2 ou 0/4. Pour un rejointoiement, un sable plus fin et un peu de chaux en plus donnent une meilleure tenue. Le mélange se travaille en consistance de terre humide, moins fluide qu’un gobetis.
Le béton de chaux, utilisé pour des sols ou des hérissons isolants, se compose en général d’1 volume de chaux hydraulique, 2 de sable et 3 de gravillons. Il est plus lent à durcir qu’un béton au ciment, mais il laisse le sol respirer, un atout dans le bâti ancien.
Exemple de calcul pour 10 m²
Prenons un mur de 10 m² enduit avec un gobetis de 5 mm, un corps d’enduit de 15 mm et une finition de 3 mm, avec 20 % de perte. Le volume de mortier à préparer est d’environ 60 litres pour le gobetis, 180 litres pour le corps et 40 litres pour la finition. Le volume de sable à prévoir est du même ordre, soit près de 0,28 m³ au total.
Pour la chaux, avec les proportions 1 pour 2, 1 pour 3 et 1 pour 3, il faut environ 30 litres, 60 litres et 13 litres de NHL 3.5, soit à peu près 85 kg, ou 4 sacs de 25 kg. Prévoyez toujours un sac de réserve : un mélange refait à la dernière minute avec un autre lot de chaux ou de sable change la teinte de l’enduit.
Application et cure pour éviter le faïençage

Le support doit être sain, dépoussiéré et humidifié à cœur sans ruisseler. Un mur sec aspire l’eau du mortier avant qu’il ait pu faire prise, ce qui provoque poudrage et fissures. Pensez à arroser la veille puis juste avant l’application.
L’eau de gâchage se dose au plus juste, et le malaxage dure au moins cinq à dix minutes pour bien enrober les grains de sable. Les couches se succèdent avec un délai de quelques jours, le temps que la précédente raffermisse sans durcir complètement. Le corps d’enduit se griffe légèrement pour accrocher la finition.
Faïençage : l’erreur du mélange trop riche en chaux
Ajouter de la chaux « pour que ça tienne mieux » produit l’effet inverse. Une couche de finition trop grasse se rétracte en séchant et se couvre d’un réseau de microfissures. Gardez le dosage décroissant d’une couche à l’autre et résistez à la tentation de rattraper un mortier trop maigre avec un supplément de liant.
La cure est l’étape que l’on néglige le plus souvent. Pendant les premiers jours, brumisez l’enduit deux à trois fois par jour et protégez-le du soleil direct, du vent et de la pluie battante avec une toile ou un voile. Travaillez entre 5 et 30 °C, et jamais avec un risque de gel dans les jours qui suivent. Un séchage trop vif est la cause numéro un de fissuration, bien avant les erreurs de dosage.
Pour résumer, retenez une règle de trois : un liant adapté au support (chaux hydraulique NHL 3.5 en base, chaux aérienne en finition), un sable propre à granulométrie étalée, et des proportions chaux-sable qui s’appauvrissent en liant à chaque couche. Le reste est affaire de patience, d’humidification et de cure soignée.





